Steven Kauffmann, concepteur d’un réservoir d’encre greffé au dermographe du tatoueur, et la société d’injection plastique de précision VP
Medtech, tous deux installés dans le Haut-Doubs, ont obtenu un Micron d’argent pour leur innovation. À chaque édition, le salon dédié aux microtechniques distingue les exposants les plus inventifs.
Les microtechniques et la mécanique de précision, 4 auxquelles le salon Micronora est dédié, sont présentes dans d’innombrables secteurs d’activité : l’horlogerie et le luxe, l’automobile et les transports, l’aéronautique et le spatial, le médical, l’électronique, la connectique et bien d’autres.
On n’imagine pas forcément qu’elles puissent concerner aussi des métiers plus artisanaux et artistiques, comme celui du tatouage. C’est pourtant le cas, comme en témoigne cette année le palmarès des Microns d’or (lire ci-dessous), qui récompensent à chaque édition des exposants pour la pertinence de leurs innovations. Deux sociétés associées autour de la même invention, toutes deux installées dans le Haut-Doubs, ont ainsi été distinguées pour avoir mis au point un réservoir d’encre intégré à l’aiguille du dermographe, dont le concepteur, Steven Kauffmann, assure qu’il s’apprête « à changer le monde du tatouage ».
« Jusqu’à maintenant », dé-taille-t-il, « les professionnels devaient effectuer des allers-retours incessants entre leur réservoir et la peau de leur client, un peu comme lorsqu’on rechargeait une plume dans l’encrier. Moi, j’ai inventé le premier stylo Bic pour tatoueur, avec une réserve d’encre intégrée à leur outil, le dermographe ». Question légitime : depuis le temps que l’art du tattoo existe, et surtout, depuis qu’il s’est considérablement démocratisé, comment se fait-il que personne n’ait imaginé avant un dispositif de ce type ? « La difficulté technique tenait à la fluidité de l’encre, qui doit arriver dans l’aiguille de façon continue », poursuit le concepteur.
« C’est sur cette problématique que j’ai travaillé, à la demande d’un tatoueur qui m’a challengé. Je l’ai résolue en imaginant un système de vanne automatique, assurant l’alimentation parfaite de l’aiguille.»
Son innovation brevetée, Steven Kauffmann a confié son prototype à Lamenplast, aux Fins, un industriel spécialisé dans l’injection plastique de précision, notamment dans l’instrumentation médicale, via sa division VP-Medtech. « Dans notre bureau d’études », explique son responsable, Stéphane Gey, « nous avons amélioré le concept et conçu les moules en vue de son industrialisation ».
Après « au moins vingt tatouages » réalisés avec ce dispositif, Steven Kauffmann se dit confiant dans le succès commercial de son produit, avec plusieurs gammes de cartouches, « adaptables à tous les dermographes et prévue pour utiliser toutes les aiguilles, quelle que soit leur taille ».
Ille garantit : l’innovation permet d’améliorer la sécurité sanitaire de l’acte, « car la réserve d’encre reste toujours fermée ».
L’inventeur promet également « un gain de temps de 30 %, une meilleure ergonomie de travail. et un bénéfice sur la qualité du traçage », le tatoueur pouvant rester concentré sur son motif sans avoir à recharger son aiguille en permanence. À 34 ans.
Ancien Compagnon du tour de France chez les peintres en bâtiment, le Pontissalien d’origine alsacienne dit aussi viser l’entrée dans le Guinness Book, en battant des records dans le monde du tatouage, désormais permis, dit-il, par son accessoire.
Serge Lacroix